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Lisez un extrait de mon nouveau roman :

ELOHA

"Mondovision : les caméras de télévision étaient braquées vers le ciel pour filmer en direct l’arrivée de Jésus, sans savoir vraiment s’il viendrait de l’espace ou par un autre chemin. Tous les journaux titraient sur l’événement le plus attendu depuis deux mille ans : « Jésus is back ! » Mais, sitôt retombé l’enthousiasme qu’avait suscité son retour, une certaine appréhension fit le tour des rédactions. En effet, celles-ci avaient bien noté que Dieu était mécontent de notre comportement depuis deux mille ans.

Aussi, certains éditorialistes parmi les plus alarmistes se demandèrent si le jugement dernier était arrivé ou si Jésus allait annoncer la fin du monde, un asservissement à Eloha, voire un exil forcé sur une autre planète ! Toutes les options étaient envisagées et ces journalistes ne se privaient pas de faire des prédictions plus ou moins rassurantes. Ils s’attendaient à un message de paix et d’amour, malgré les nombreux péchés commis par l’être humain, mais, en même temps, ils redoutaient la menace du châtiment de Dieu envers les adorateurs du veau d’or. Dans les capitales, les gouvernements se préparaient au pire, sans trop savoir ce qu’il y avait à préparer. Comment réagir face à Jésus, cet "extraterrestre" qui avait sans aucun doute le pouvoir de pulvériser la Terre ?

Le Conseil de Sécurité de l’ONU se réunit en urgence sans parvenir à définir une position commune. On convint seulement que le secrétaire général, Serigne M’Backé Ndiaye, se rendrait à Gizeh pour rencontrer Jésus au nom de l’humanité. Mais son mandat était dépourvu de toute directive précise. Il devrait se contenter de l’écouter, puis de rendre compte à l’Assemblée Générale de l’ONU qui serait en session permanente. Cependant, on apprit au fil des heures, que la plupart des chefs d’État et de gouvernement de la planète avaient déclaré leur intention d’assister en personne à son arrivée. Ils avaient sûrement réalisé qu’un tel événement ne pouvait se passer sans eux ! En définitive, le rôle du secrétaire général serait celui d’un simple porte-parole.

Quant aux responsables du protocole, ils s’arrachaient les cheveux en se demandant comment accueillir le visiteur. Devait-il précéder Monsieur Ndiaye, ou bien était-ce le contraire ? Où devait se situer le pape ? Que mangeait et buvait Jésus ? Avait-il des besoins à satisfaire ? Fallait-il lui réserver une chambre dans le meilleur hôtel du Caire, ce qui pouvait paraître incongru puisque le Christ avait souvent dormi chez l’habitant lors de sa première prédication ? Que prévoir sans avoir aucune idée de son emploi du temps ?

Par précaution, on transforma l’esplanade du Sphinx en piste d’atterrissage pour gros engin interplanétaire, mais aussi en lieu d’accueil pour les spectateurs. Des chaises de velours rouge furent ainsi disposées face au tarmac sur lequel on avait dessiné un grand cercle pour orienter l’éventuel pilote extraterrestre. À partir de là, un long tapis rouge fut déroulé jusqu’au premier siège officiel, celui du pape. Il avait en effet été convenu que le secrétaire général de l’ONU s’avancerait à la rencontre de Jésus, tandis que le souverain pontife serait le premier chef d’État à s’incliner devant lui. Un compromis bienvenu entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel ! En tout état de cause, le premier rang, outre mes amis et moi-même, était composé uniquement de représentants des cultes.

Des dizaines de caméras étaient disposées un peu partout, et même au sommet de la grande pyramide. Un dispositif de sécurité impressionnant avait été prévu, de sorte que Gizeh était devenu un véritable bunker à ciel ouvert. Des hélicoptères d’attaque tournoyaient dans le ciel et des chasseurs patrouillaient à intervalles réguliers au-dessus du site, de la Méditerranée à la mer Rouge. Enfin, on réquisitionna la NASA afin d’observer et analyser, le cas échéant, le vol d’un engin extraterrestre, et surtout pour tenter de déterminer sa provenance.

Au jour J, tout le monde était là. A cause du réchauffement climatique, il régnait une chaleur suffocante. Les officiels s’épongeaient le front, les assistants allaient de l’un à l’autre pour distribuer des bouteilles d’eau. Seul le pape semblait imperturbable sous sa robe immaculée. J’étais assis à côté d’Elena qui avait revêtu une robe noire, très sobre, très classique, tout à fait en accord avec les circonstances. Son visage était radieux et sa main ne lâchait toujours pas la mienne… Henri et Franck étaient méconnaissables dans leur costume de cérémonie. Je sentais qu’ils n’étaient pas à l’aise dans cet univers empreint de solennité, mais je pense que, pour rien au monde, ils n’auraient échangé leur place !

Soudain, à quelques minutes de l’arrivée prévue, un silence pesant s’abattit sur Gizeh. Enfin un engin se montrait à l’horizon. Ce n’était qu’un petit point dans le ciel qui finit par grossir à une vitesse fulgurante. Il était suivi par les caméras, à la façon des antiques navettes spatiales lorsqu’elles revenaient sur la base d'Edwards en Californie. Les ingénieurs de la NASA avaient d’ailleurs réussi à calculer le temps qui restait avant l’atterrissage, ce qui permit aux chaînes de télévision d’afficher à l’écran le décompte des minutes, puis bientôt des secondes.

Le vaisseau, puisqu’il fallait bien parler de vaisseau, avait une forme ovoïde et se déplaçait de façon silencieuse. Sa taille était importante (environ cent mètres de long sur quarante mètres de large) et il était recouvert d’une matière qui semblait être de l’or. Aucune inscription n’y figurait. Un halo blanc se dégageait de sa base, sans que l’on sache a priori s’il s’agissait de fumée ou de vapeur d’eau. À l’approche du point d’atterrissage, à environ mille mètres, il freina et commença une lente descente. Dans l’assistance, tout le monde retenait son souffle. Partout où avaient été disposés des écrans géants, les gens commencèrent à pousser des cris de joie. Des vagues d’applaudissements submergèrent les villes, les pays, les continents. Un espoir incroyable accompagnait en effet la nouvelle visite de Jésus : celui de la rédemption et d’un avenir meilleur.

Au lieu d’atterrir, le vaisseau resta en suspens, à dix mètres de hauteur. Pendant de longues minutes, rien ne se passa. Puis lentement, une porte, jusque-là invisible, s’ouvrit et une large passerelle descendit vers le sol. Le silence régnait sur la Terre.

Enfin, telle une rock star apparut Jésus de Nazareth, qu’on avait si souvent appelé le « Fils de Dieu ». Il descendit la passerelle en levant les bras, comme un signe de victoire. Les cris, les applaudissements redoublèrent. La Terre semblait s’être arrêtée de tourner ! Car le monde entier, y compris les non chrétiens, avait les yeux rivés sur cet « homme » très grand, beau, jeune, portant une barbe courte, avec de longs cheveux noirs et un regard d’acier. Quel charisme ! Sur les écrans géants, on voyait son visage en gros plan, son teint hâlé, son empathie naturelle. Il s’arrêta devant le tapis rouge, un large sourire aux lèvres. Il semblait heureux d’être là. Le pape se précipita et se prosterna à ses pieds. Il lui déclara sa totale dévotion dans un araméen approximatif. Jésus le releva avec délicatesse et lui répondit en anglais :
— Votre Sainteté, je compte sur vous pour transmettre la parole de Dieu !
— Seigneur, je suis votre humble serviteur…
— Alors, venez avec moi et prêchons la bonne parole !
Puis Jésus, nous voyant au premier rang, mes trois compagnons et moi, nous serra chaleureusement dans ses bras :
— Vous avez été mes apôtres, maintenant vous êtes mes amis !

Il était vêtu d’une tunique longue et immaculée, qui tranchait avec les tenues sombres des hommes et des femmes de l’assistance, exceptée Sa Sainteté, bien entendu. Le secrétaire général de l’ONU s’inclina devant lui, puis lui serra la main avec beaucoup de gravité. Je fus surpris que Jésus réponde à ce geste a priori étranger à ses codes. Mais il s’y plia de bonne grâce car c’était un signe de paix. Monsieur Ndiaye prit alors la parole, en se plaçant derrière un pupitre sur lequel était écrite la devise des Nations Unies : "C’est votre monde !"
— Cher visiteur, au nom des nations de cette Terre, je vous souhaite la bienvenue ! Notre accueil vous montre que la plupart d’entre nous sommes animés par un idéal de paix. Certes, l’homme n’a pas toujours fait le bien mais son évolution au fil des siècles, grâce à votre enseignement, s’est dirigée dans le bon sens. Il a encore beaucoup de chemin à parcourir et nous comptons sur vous pour nous aider à atteindre cet idéal. Je ne sais pas combien de temps durera votre séjour, ni le détail de votre visite, mais sachez que nous mettrons tout en œuvre pour faciliter vos déplacements. Encore une fois, bienvenue parmi les hommes de bonne volonté !

Toute l’assistance applaudit les paroles d’accueil du secrétaire général, y compris Jésus ! J’étais vraiment surpris de son adaptation rapide aux mœurs du XXIème siècle ! Comme aurait dit un communicant, il avait du métier !

Enfin, le silence se fit. Jésus se dirigea résolument vers le pupitre. C’était vraiment étrange de le voir ajuster les deux micros et poser un regard perçant sur l’assistance, tel un orateur de notre époque ! Il prit la parole en anglais, sous le regard médusé de huit milliards d’êtres humains :
— Femmes et hommes de ce monde, merci de m’accueillir aujourd’hui ! Merci de votre chaleur et de votre enthousiasme !
Une clameur déferla sur toute la surface de la Terre.
— Le chemin que je vous ai montré, il y a deux mille ans, était difficile et abrupt. Le message que je vous ai envoyé à travers les siècles a essuyé les tempêtes des passions, des controverses, des hérésies, des excommunications, des inquisitions ! C’était néanmoins un message d’amour et de paix ! Je ne voulais pas fonder une nouvelle religion. Je voulais vous parler de Dieu, de son royaume, dont vous savez maintenant qu’il est universel. Je voulais vous parler de la vie éternelle et vous donner cette espérance. En vérité, je vous le dis, même si j’ai été entendu par-delà les siècles, ce message s’est brisé sur l’égoïsme de la nature humaine, sur son inaptitude à concevoir un bien durable, une justice pérenne, une société d’harmonie. Au lieu de suivre mes préceptes, l’être humain de votre planète a continué à faire la guerre, à verser le sang, à tuer son prochain. Et maintenant, la situation est pire qu’il y a deux mille ans ! La cruauté a remplacé la barbarie. L’anéantissement a succédé aux massacres. Le totalitarisme s’est substitué à l’impérialisme. En somme, vous n’avez rien appris de mon message, de mon évangile comme vous le dîtes.

Je vis des chefs d’État s’éponger le front, surtout ceux qui, se disant chrétiens, opprimaient néanmoins leurs peuples sans vergogne.
— Alors, voici ce que Dieu a décidé pour vous, êtres humains de la planète Terre. Il vous laisse une dernière chance de vous amender, de renier votre adoration du Mal. Un cycle va s’achever. Je suis là pour préparer l’avènement d’une nouvelle espérance pour l’humanité. Je vais vous aider à changer le monde. Et vous, chefs d’État qui êtes là devant moi, je vous demande de me suivre car il n’y aura pas de pardon. Le Dieu de la Bible est un dieu de Miséricorde mais il peut aussi être le Dieu de l’Apocalypse ! Il punira l’humanité d’un sort encore plus funeste que le Déluge si vous ne m’écoutez pas !

Je saisis physiquement la peur envahir les gens qui écoutaient Jésus. Ce « moi ou le chaos » laissa tout le monde sans voix, y compris les journalistes. Il s’était arrêté de parler et mesurait avec calme l’effet de ses paroles. Le pape prit un air de circonstance, celui qui consent tout en s’interrogeant. Car le « Fils de Dieu » ne demandait ni plus, ni moins que l’allégeance de l’humanité à sa personne !" 

 

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